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Quels espaces de liberté pour les élèves en classe et dans l’école ?

Temps de lecture : 19 minutes
Quels espaces de liberté pour les élèves en classe et dans l’école ?

« Développer l’autonomie », « éduquer au choix » : ce sont des objectifs que se fixent tous les enseignants et que l’on retrouve bien souvent mentionnés dans les projets d’établissements. Or, pour que les élèves puissent devenir plus autonomes et apprendre à faire des choix, il faut qu’il existe des espaces de liberté dans lesquels ils puissent vivre de réelles situations d’autonomie. Cet article est conçu comme une « banque d’idées » dans laquelle chacun pourra piocher pour instaurer et exploiter au mieux des espaces de liberté dans la classe et dans l’école.

1. Etat des lieux

Si l’on souhaite développer les espaces de liberté et construire une véritable éducation au choix et à l’autonomie, il faut partir de  ce qui existe :

  • A quel moment, dans quelle situation, les élèves peuvent-il exercer un véritable choix ? Dans la classe ? Dans l’école ?
  • Quelles situations de choix ont-il vécu au cours des années précédentes ? Serait-il judicieux de les reproduire, voir de les faire évoluer avec l’âge des élèves ? Il s’agit là d’une réflexion à mener à plusieurs qui peut déboucher sur un véritable projet de cycle ou d’établissement.

2. Une réelle éducation au choix

Créer des espaces de liberté ne suffit pas. Il faut également éduquer les élèves au choix, ce qui implique de prendre le temps d’en parler :

  • pour que les élèves soient amenés à argumenter leurs choix, à expliquer pourquoi ils les ont faits, pourquoi ils ont écarté telle possibilité qui leur était offerte.
  • pour que les élèves puissent évaluer leurs choix, dire s’ils ont conduit à une réussite ou un sentiment de satisfaction.
  • pour que les espaces de liberté puissent être discutés en groupe : y a-t-il eu des abus qui ont, par exemple, dérangé certains élèves dans leur travail ? Comment y remédier ? Peu à peu, les élèves sont amenés à se confronter concrètement au fait que la liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres…

3. Banque d’idées : espaces de liberté dans la classe.

Les règles de la classe sont souvent négociées en début d’année. Cependant, s’agit-il d’une vraie négociation laissant un réel espace de liberté aux élèves ? Si les règles adoptées sont exactement les mêmes chaque année, on peut en douter… Pour définir les règles, on peut procéder en plusieurs étapes :

  • La première semaine (voir les deux premières semaines), l’enseignant annonce que l’on peut faire ce que l’on veut tant que l’on ne dérange pas les autres dans leur travail. Il annonce également que l’on fera le point à la fin de la semaine (ou des deux semaines).
  • Un échange avec les élèves permet de lister les libertés prises qui ont été appréciées et qui n’ont dérangé personne, les libertés prises qui peuvent déranger à certains moments et les libertés prises qui dérangent systématiquement. L’enseignant s’exprime également sur ce qu’il apprécie et ce qui le dérange. Cela permet aux élèves de comprendre que l’on doit apprendre à faire preuve de discernement : certains comportements sont appropriés à certains moments mais pas à d’autres.
  • A partir de la réflexion précédente, un règlement est rédigé en commun. L’enseignant encourage les élèves à privilégier les formulations synthétiques aux listes d’interdits. Si les élèves proposent d’établir une liste de sanctions, il évite de tomber dans ce piège. Il explique que sanctionner est son rôle, qu’il doit donc garder la liberté de le faire ou pas, en fonction de sa propre évaluation des circonstances. Avec les plus grands, il peut expliquer que c’est ainsi que fonctionne la loi française : elle ne comprend pas de catalogue de sanctions, le juge ou le jury décident en fonction des circonstances.
  • Un bilan est fait régulièrement : quelqu’un a-t-il été dérangé par un comportement inapproprié ? Est-il nécessaire d’adapter le règlement ?

On peut également créer des espaces de liberté dans le travail, par exemple :

  • Laisser les élèves libres de la présentation de leurs feuilles ou cahiers. En début d’année, on liste avec les élèves ce qui est indispensable et ce qui peut faire l’objet d’un espace de liberté. Par exemple, il est indispensable d’indiquer son nom, sinon l’enseignant ne pourra pas rendre la feuille, il est indispensable de sauter des lignes si on a besoin d’un espace pour corriger, etc. En revanche, chacun peut être libre de choisir la couleur pour souligner (voir de ne pas souligner…), d’écrire le titre au milieu ou contre la marge, etc. Laisser cet espace de liberté a deux avantages : on évite de se retrouver avec des élèves de CM2 qui lèvent la main pour demander s’il faut sauter un ou deux carreaux après le titre, et les élèves apprennent à s’approprier l’espace de la page. Ils se fixent peu à peu leurs propres contraintes, contraintes auxquelles ils trouvent du sens.
  • Laisser les élèves libres de s’installer où ils veulent pour effectuer certains travaux (dans la mesure où l’aménagement de la classe le permet).
  • Laisser les élèves libres de choisir l’activité par laquelle ils vont commencer (lorsque l’on donne un plan de travail, par exemple).
  • Pour certains exercices, laisser les élèves libres de travailler soit seuls, soit à deux (voir en groupe pour certaines activités).
  • Laisser les élèves libres de demander de l’aide à qui ils veulent. Souvent, lorsqu’un système de tutorat existe dans la classe, c’est l’enseignant qui désigne les « bons élèves » qui pourront servir de tuteurs.  Or, est-ce si grave si un élève demande à un camarade moins « bon » de l’aider ? Cela peut conduire les deux élèves à réfléchir ensemble, et cela permet à chacun d’avoir l’occasion d’être valorisé en apportant son aide. De plus, les élèves repèrent rapidement ceux qui vont leur apporter une aide efficace… et il ne s’agit pas toujours de ceux que l’enseignant aurait désignés. Par exemple, les élèves vont de préférence demander de l’aide à ceux qui ont la même forme d’intelligence qu’eux (cf. la théorie des intelligences multiples d’Howard Gardner).
  • Laisser les élèves libres de choisir une activité lorsqu’ils ont terminé leur travail. Leur permettre également de ne rien faire s’ils le souhaitent.
  • Prévoir un temps où chacun pourra choisir son travail. En effet, seuls les élèves les plus rapides ont généralement cette possibilité. On peut prévoir un choix d’activités de remédiation, de jeux éducatifs, etc. On peut également proposer la découverte à l’avance de certains apprentissages (différenciation par anticipation). Ce temps peut aussi permettre à l’enseignant de se consacrer à certains élèves ayant besoin de remédiation. Il peut être intéressant de prévoir des temps de parole pour que les élèves expliquent leurs choix : ont-il choisi l’activité par goût ? pour approfondir un apprentissage ? pour faire une recherche ? pour s’entraîner ? pour prendre de l’avance ?
  • Permettre aux élèves de choisir entre plusieurs ateliers…et ne pas les obliger à les faire tous.
  • Permettre aux élèves de choisir leur support de travail (au tableau, sur le cahier, sur l’ordinateur, grande feuille ou petite feuille…)
  • Laisser le choix entre plusieurs poésies, plusieurs textes de lecture, plusieurs problèmes…

L’évaluation peut aussi faire l’objet d’espaces de liberté. Par exemple :

  • Réciter une poésie face à la classe, seul avec l’enseignant, en s’enregistrant sur un dictaphone ou en se faisant filmer avec une tablette. Cela peut faire une énorme différence pour les élèves qui sont mis en échec par le stress. S’enregistrer ou se filmer peut aussi permettre de recommencer… pourquoi pas, si c’est pour s’améliorer ?
  • Choisir le moment où l’on va être évalué. Cela permet de travailler sur l’autoévaluation : quand suis-je prêt ? Un dialogue avec l’enseignant permettra aux élèves qui sont trop pressés ou à ceux qui n’ont pas assez confiance en eux de  prendre progressivement conscience de leurs capacités réelles. Ceux qui ont réussi l’évaluation avant les autres peuvent passer à des exercices d’approfondissement dans le cadre d’une différenciation pédagogique.
  • Donner la possibilité aux élèves de demander à être évalués de nouveau. Si cela les motive pour s’entrainer, c’est gagné ! En effet, quelle motivation un élève peut-il bien trouver pour s’entrainer…une fois que l’évaluation est passée et ratée ?

4. Banque d’idées : espaces de liberté dans l’école.

Ces idées sont à négocier en équipe, et leur application peut dépendre de l’espace et des moyens dont on dispose. Elles sont issues de dispositifs testés dans différents établissements.

  • Un enseignant par cycle (ou par niveau s’il y a de nombreuses classes par niveau) peut rester en classe lors de la récréation. Cela permet aux élèves qui le souhaitent de rester à l’intérieur au lieu d’aller dans la cour.
  • Si les fenêtres des classes donnent sur la cour, les enseignants peuvent placer un feu vert sur la fenêtre les jours où ils autorisent les élèves à venir en classe pour un accueil anticipé au calme le matin ou à midi.
  • Un mur d’expression peut être installé dans la cour : il suffit d’une planche recouverte de peinture tableau. Le mode d’utilisation est à négocier et peut évoluer : on peut donner un thème pour la semaine, permettre au gagnant d’un concours de dessin de reproduire son œuvre avec l’aide de quelques camarades, confier le panneau à chaque classe à tour de rôle…etc.
  • Des ateliers libres peuvent être proposés pendant le temps de garderie ou pendant la surveillance du midi. Lorsqu’un élève choisit un atelier, il prend un collier de la couleur correspondant à celle de cet atelier. Le nombre de colliers disponible correspond au nombre de places dans l’atelier. Lorsque l’élève souhaite quitter l’atelier, il le fait librement, sans demander l’autorisation à un adulte, et il remet son collier dans la boite à la disposition d’autres élèves. En effet, pourquoi obliger un élèves à « rester jusqu’au bout » dans une activité qu’il a choisie à un moment de détente ? C’est ce principe qui fait le succès du dispositif bulle de silence.

5. Conclusion

Toutes ces idées ne peuvent bien sûr pas être mises en œuvre en même temps. Il est préférable d’instaurer les espaces de liberté progressivement mais sans négliger les temps de parole, de réflexion, de prise de recul et de bilan avec les élèves qui sont indispensables à une véritable éducation au choix.

N’hésitez pas à compléter à cette liste d’idées en nous envoyant un commentaire !

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